Interruption pour cause de piratage

J’ai interrompu la rédaction de ce blog après une attaque de piratage qui l’a relégué aux oubliettes de Google. Je suis actuellement en train de le transférer sur une nouvelle plate-forme (toujours disponible sur le nom de domaine www.marcbordier.com) et vous donnerai des nouvelles début janvier 2011. D’ici là, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année. Marc.

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Mes lectures du moment : Dostoïevski et Douglas Kennedy

Ces derniers temps, je n’ai pas été très actif sur ce blog, mais j’ai quand même trouvé le temps de me plonger dans le chef d’oeuvre de Dostoïevski, Les Frères Karamazov. Comme les réflexions sur l’existence de Dieu ou la notion de libre arbitre nécessitent une concentration qui me fait parfois défaut après une dure journée de travail, j’alterne avec des romans de Douglas Kennedy, les deux derniers que j’aie lus étant L’homme qui voulait vivre sa vie et Rien ne va plus. Je reviendrai plus tard sur Dostoïevski pour partager ici mes impressions de lecture. Douglas Kennedy, lui, est relativement fidèle à l’opinion que j’ai exposée ici dans mon billet du 14 juillet. Les ingrédients sont les mêmes (un homme qui essaie de construire ou reconstruire sa vie, les hauts et les bas de la vie amoureuse, les ruptures, l’obsession de l’argent et de la réussite sociale, les changements d’identité et les faux-semblants…), et la narration toujours aussi soignée, au détriment parfois du style. A noter toutefois : la fin de ces deux romans est nettement plus réussie que celle de La femme du Vème, et elle fera plaisir à plus d’un lecteur. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si ces deux titres figurent parmi les plus appréciés. L’homme qui voulait vivre sa vie a même fait l’objet d’une adaptation cinématographique actuellement sur les écrans (avec Romain Duris dans le rôle principal). Je suis curieux de découvrir comment le roman a été transposé dans un contexte européen. A suivre.

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Michel Houellebecq et le Goncourt

Michel Houellebecq a finalement décroché le Goncourt avec son roman La carte et le territoire. La nouvelle n’a surpris personne, mais elle suscite un grand engouement médiatique. On notera le bel article du Monde consacré aux prix littéraires, qui résume assez bien leurs qualités et leurs limites (http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/11/04/prix-pourquoi-ca-marche-encore_1435261_3260.html)  ou bien encore l’interview de Houellebecq au JT de 20 heures de France 2 (http://www.pluzz.fr/jt-20h-2010-11-08-20h00.html – aller à la 26ème minute). Dommage qu’au milieu de toute cette agitation, on se préoccupe aussi peu du texte lui-même. David Pujadas réussit même l’exploit de consacrer 5 minutes d’entretien (ce qui est pas mal à cette heure de grande écoute) sans même poser une seule question sur le livre.  Souhaitons simplement que les futurs lecteurs de La carte et le territoire prennent le temps de le découvrir et de se forger leur propre opinion.

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Sur “La carte et le territoire”

Dans le Magazine littéraire du mois de septembre, Joseph-Macé Scaron écrit à propos du dernier roman de Houellebecq : “Sans doute les critiques vont-ils déceler dans ces pages le souci d’amuser ou, pis, de faire rire. Or le romancier a au moins un point commun avec le philosophe contemporain Alain Finkielkraut : une franche détestation du rire, qu’il assimile à une grimace de notre époque. Les marques ou les célébrités – ce qui revient souvent au même – qui grouillent dans ces pages développent non pas un comique mais un tragique de situation. Houellebecq emprunte dans ce roman davantage à Lichtenberg ou à Blake qu’à Woody Allen.” J’apprécie en général beaucoup les éditos de Joseph Macé-Scaron, mais je ne suis pas certain de bien le suivre dans son jugement. Est-il possible que Houellebecq déteste franchement le rire ? N’étant pas particulièrement familier de cet auteur, je ne saurais trancher. Ce que je sais en revanche, c’est que La carte et le territoire est un livre férocement drôle (cf. mon billet de la semaine dernière). Les lecteurs ne s’y sont pas trompés, qui ont convié l’auteur fin septembre à un festival d’humour à Bilbao pour qu’il y expose sa conception de l’humour. Vous trouverez un résumé de son intervention sur http://www.eitb.com/infos/culture/detail/509768/bilbao-eclate-rire-avec-michel-houellebecq/. Amusez-vous bien.


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Les romans de la rentrée littéraire (3/3) – Michel Houellebecq – La carte et le territoire

     Le dernier roman de Houellebecq était très attendu, et il a suscité de nombreux commentaires, élogieux pour la plupart. Ainsi, Bernard-Henri Lévy dans Le Point ne cache pas son admiration pour La carte et le territoire, où selon lui Houellebecq est parvenu « au sommet de son art ». Dans Paris Match, Gilles Martin-Chauffier « tombe à la renverse d’admiration ». A contrario, Eric Naulleau dans Livres Hebdo considère que ce livre relève « de la pure escroquerie littéraire » et dans Le Nouvel Observateur il voit en lui « une parfaite illustration de l’hypocrisie ambiante ». Il est vrai que Bernard Henri-Lévy avait coécrit un livre d’entretiens avec Houellebecq tandis que Naulleau avait publié en 2005 un pamphlet anti-Houellebecq (Au secours Houellebecq revient). Alors, au-delà des effets de promotion et des amitiés ou inimitiés littéraires, qu’en est-il vraiment ? La carte et le territoire  est-il un bon roman ? Pour le savoir, une seule solution : s’intéresser au texte lui-même.

    Celui-ci se présente sous la forme d’un ouvrage d’un peu plus de quatre cents pages en trois parties avec une introduction et un épilogue. Il raconte la vie d’un artiste contemporain, Jed Martin, depuis son enfance au début des années soixante-dix jusqu’à son décès quelque part dans la première moitié du XXIème siècle. Jed Martin accède à la reconnaissance grâce à ses agrandissements photographiques de cartes Michelin, qui lui valent une liaison avec la directrice des relations presse de l’entreprise éponyme ainsi qu’une certaine aisance financière. Sa carrière prend véritablement son envol au début des années 2010 avec une série de tableaux consacrés aux « métiers », des portraits de personnalités saisis dans l’exercice de leur profession, parmi lesquels Bill Gates, Steve Jobs et même Michel Houellebecq en personne. Ce dernier acceptera d’ailleurs de rédiger un texte d’introduction à l’œuvre de Jed Martin pour les besoins d’une exposition et contribuera ainsi au succès de l’artiste.  Désormais riche et célèbre, Jed Martin se retirera progressivement de la vie publique en retournant mener une fin de vie paisible au village de ses grands-parents, dans une France futuriste qui a retrouvé ses racines de terroir et son authenticité.

      Avec  La carte et le territoire, Houellebecq fait preuve d’un talent d’observation remarquable, et  il est effectivement au sommet de son art quand il décrit les manies et les humeurs de notre époque. Son roman s’apparente à un tableau littéraire de la France des années 2010, ce qui explique sans doute son succès auprès de la critique journalistique. En particulier, il décrit avec habileté la manière dont le capitalisme libéral influence nos vies, que ce soit à travers la marchandisation de l’art, la prostitution ou le développement du consumérisme. Sans être particulièrement cupide ni arriviste, Jed Martin pose les premières pierres de sa carrière grâce au mécénat de Michelin (mariage de l’art et de l’argent issue de la grande industrie), puis il exploite habilement le narcissisme égotique du monde capitaliste en le mettant en scène  dans sa série des « métiers », et l’exposition à laquelle participent François Pinault, le milliardaire mexicain Slim Helu et des représentants de  Steve Jobs et Roman Abramovich marque ainsi l’apogée de sa carrière. Fort de son aisance financière nouvellement acquise, Jed Martin s’adonne volontiers à l’autre grande passion de notre époque, le consumérisme. Ainsi, le roman multiplie les passages dans lesquelles nous le voyons évaluer la qualité ou le prix d’un appareil photo, d’une automobile, d’un voyage en avion, d’un disque dur.  Tout artiste qu’il soit, Jed Martin est avant tout comme nous un consommateur précis, avisé et informé : il sait apprécier la technicité, la marque et le rapport qualité-prix d’un produit ou d’un service. Voilà sans doute le principal mérite de ce roman : il saisit avec justesse l’air du temps matérialiste et consumériste dans lequel chacun de nous baigne au quotidien.

   L’autre qualité du livre réside selon moi dans le ton employé pour dresser ce tableau. Quoi qu’en dise son auteur, ce roman est plein d’humour. Plus exactement, il est plein d’un humour pince sans rire et volontiers cynique qui livre avec désinvolture quelques vérités féroces sur notre époque. Le résultat est plutôt réussi si on en juge par ce passage (p. 76) consacré à la profession de photographe : « il était en général considéré comme moins noble dans la profession de photographier les seins de Pamela Anderson que les restes éparpillés d’un kamikaze libanais, les objectifs utilisés sont pourtant en général les mêmes et les réquisitions techniques presque similaires – il est difficile d’éviter que la main ne tremble au moment du déclenchement, et les ouvertures maximales ne s’accommodent que d’une luminosité déjà forte, voilà les problèmes qu’on rencontre avec les téléobjectifs de très fort grossissement. » Ou bien encore par ce savoureux portrait du célèbre animateur Julien Lepers (p. 52) : « Par son acharnement, son effarante capacité de travail, cet animateur peu doué, un peu stupide, au visage et aux appétits de bélier, qui envisageait plutôt, à ses débuts, une carrière de chanteur de variétés, et en gardait sans doute une nostalgie secrète, était peu à peu devenu une figure incontournable du paysage médiatique français. Les gens se reconnaissaient en lui, les élèves de premières année de Polytechnique comme les institutrices à la retraite du Pas-de-Calais, les bikers du Limousin comme les restaurateurs du Var, il n’était ni impressionnant ni lointain, il se dégageait de lui une image moyenne, et presque sympathique, de la France des années 2010. » Pas mal, non ? Pour ma part, je n’ai pas boudé mon plaisir en lisant ces quelques passages.

     En revanche, si j’apprécie la justesse de ce livre dans son évocation du monde contemporain, je suis beaucoup plus réservé quant à sa dimension visionnaire. En effet, le visage futur de la France qu’il met en scène vers la fin du récit est celui que Jean-Pierre Pernaut nous livre chaque  jour dans son journal de treize heures, une France « authentique », fière de ses traditions et de ses régions, revenue à sa vocation agricole et artisanale, une France dans laquelle l’homme délaisse les corruptions de l’argent et de la vanité pour retourner à l’écologie, à l’authenticité, aux vraies valeurs… Que de clichés, et quelle vacuité dans le propos ! Houellebecq pense-t-il-vraiment ce qu’il écrit ? Peut-être s’agit-il du point de vue de son narrateur et non de celui de l’auteur ? Mais non, malheureusement, l’entretien qu’il accorde à Paris Match confirme que cette vision est bien la sienne : « Je rends hommage [à Jean-Pierre Pernaut]. Il a eu l’intuition de quelque chose. Il a senti que la France va revenir à sa vocation initiale, à l’agriculture et au tourisme, à une sorte de conservatoire des paysages et des artisanats anciens. C’est paradoxal, mais le journal de Jean-Pierre Pernaut est un journal d’avenir ».  

   Finalement, voilà peut-être Bernard-Henri Lévy et Eric Naulleau réconciliés : si l’on peut à juste titre admirer l’art de Houellebecq dans son évocation de la France contemporaine, la vision future qu’il en donne est tellement absurde et remplie de clichés qu’il n’est probablement pas exagéré de parler d’ « escroquerie littéraire ».

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Les romans de la rentrée littéraire (2/3) – Ouragan – Laurent Gaudé

Me voici de retour à mon bureau après quelques semaines très chargées qui ne m’ont guère laissé le loisir d’écrire. Malgré tout, j’ai poursuivi mes lectures et achevé quelques ouvrages intéressants, parmi lesquels La Carte et le territoire de Houellebecq,  Comment j’ai liquidé le siècle de Flore Vasseur et Ouragan, de Laurent Gaudé.

Je voudrais revenir ici sur le roman de Gaudé, dont j’ai déjà parlé  fin juillet sur ce blog. L’extrait publié par le magazine Lire m’avait mis l’eau à la bouche. Eh bien, je dois dire qu’il a plutôt bien tenu ses promesses. L’intérêt principal de ce roman réside certainement dans la stratégie narrative originale qu’il met en oeuvre. En effet, après avoir campé ses personnages dans les premières pages (cf. mon billet du 31 juillet dernier), Laurent Gaudé joue habilement avec eux et construit sous nos yeux un véritable récit polyphonique dans lequel il multiplie les points de vue, allant parfois jusqu’à les mélanger tous dans une seule phrase (cf. la longue séquence qui clôt le premier chapitre, page 30, qui constitue à elle seule un véritable morceau de bravoure). Pour brouiller davantage les pistes, il fait parfois alterner ces points de vue internes avec une narration omnisciente. Il en résulte un récit foisonnant et vibrant, une tragédie (au sens théâtral) dans laquelle des chants multiples racontent le destin des hommes face à l’adversité et à la mort au milieu des tourments de la tempête déchaînée.

Le roman a reçu un très bon accueil de la part de la presse, des libraires et du public, et je dois dire que c’est amplement mérité.

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Les romans de la rentrée littéraire (1/3) – Une affaire conjugale – Eliette Abécassis

En cette période de rentrée littéraire, j’ai choisi trois romans : Ouragan (Laurent Gaudé), Une affaire conjugale d’Eliette Abécassis et La carte et le territoire de Michel Houellebecq. J’ai lu celui d’Eliette Abécassis en un week-end alors que j’assistais à un mariage du côté de Montauban. N’est-ce pas le contexte idéal pour apprécier un récit sur les relations conjugales ? Le roman en aborde les aspects les plus difficiles puisqu’il met en scène le divorce douloureux d’un couple de trentenaires raconté du point de vue de l’épouse malheureuse. Le récit est assez prenant, et il m’a tenu en haleine du début à la fin.  En fait, il s’apparente davantage à un témoignage de lectrice de Marie-Claire ou de Psychologie Magazine qu’à une oeuvre littéraire, ce qui d’ailleurs résume assez bien sa force mais aussi ses limites. En effet, bien qu’il s’agisse de fiction, le texte saisit par la justesse des situations qu’il décrit (les scènes de ménage, l’infidélité à l’époque de Facebook et des sites de rencontres, etc.),  et au fil des pages le lecteur se prend à éprouver une réelle sympathie pour cette femme au bord de la dépression face à son mari pervers narcissique. En refermant le roman, j’ai malgré tout éprouvé une certaine frustration face à son manque d’ambition littéraire, comme si l’auteur avait craint de paraître trop précieuse en travaillant davantage sur la langue, le rythme des phrases, les effets de style. Tant pis. Une affaire conjugale reste malgré tout une lecture intéressante qui apporte un éclairage sobre et honnête sur ce qui est malheureusement devenu un phénomène de société.

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